Blackface : jusqu’où ira t-on?

Bert Williams, source : Samuel Lumiere studio, New York City, via Library of Congress LC-USZ62-64924
Le terme, récurrent ces derniers temps dans les médias, est associé à de nombreuses polémiques. Qu’est-ce-que le « blackface »?

Blackface : quelques éléments de contexte

Cest dans les années 1830 que le blackface devient monnaie courante dans les théâtres des Etats-Unis, dans ce que l’on appelle les « minstrel shows » : des acteurs blancs se peignent le visage en noir et caricaturent les afro américains à grands coups de clichés qui, encore aujourd’hui, ont du mal à être éradiqués des esprits. Lors de ces représentations les Noirs sont dépeints comme des personnes vulgaires, abruties, et sont caricaturées physiquement (lèvres rouges proéminentes ou encore, formes disproportionnées pour les femmes). Le personnage de Jim Crow, créé par l’acteur Thomas Rice, devient si populaire que ce nom fait référence à tout afro-américain dans le langage courant, et sera repris pour désigner les tristement célèbres lois qui institutionnalisent la ségrégation dans les États du sud des États-Unis. 

Un passé pas totalement révolu

Cette pratique fait donc partie de l’Histoire récente des afro-américains, on comprend dès lors pourquoi les blessures sont encore vives. En France, si certains théâtres et zoos humains confortent les stéréotypes racistes aux 19e et 20e siècles (voir l’artiste « Chocolat » par exemple), le blackface est loin d’être aussi répandu. Le terme n’a dailleurs pas déquivalent français. Ce nest que récemment que lon voit s’insurger des membres de la communauté noire contre cette pratique pas totalement éradiquée… Et pour cause, les cas douteux se multiplient, au point de se demander si pour certains, ce ne serait pas un moyen de rechercher le buzz à tout prix. Prada a présenté ses excuses pour ses porte-clés pradamalia, Gucci a quant à lui dû retirer un pull de la vente, après avoir été accusé de racisme… 

Peut-on tout taxer de blackface ?

En 2017, le footballeur Antoine Griezmann partage une photo de lui-même sur les réseaux sociaux, le visage peint en noir, déguisé en joueur de la NBA. Face aux vives réactions et condamnations que ce cliché suscite, il le retire et présente ses excuses. Plus récemment, une représentation de théâtre est empêchée à La Sorbonne, accusée de blackface ; une partie des acteurs joue avec un masque noir. Si les gestes sont de mauvais goût, doit-on systématiquement y voir une pratique raciste et une intention de ridiculiser et déshumaniser les Noirs, comme cela était le cas dans les minstrel shows ? Comme évoqué précédemment, le vécu de France en la matière est différent de celui des Etats-Unis, la notion de blackface n’est donc pas connue de tous. Toute sensibilisation sur le sujet serait donc bienvenue. Quant à taxer de raciste toute personne qui n’a pas lintention de véhiculer une image dégradante, cela nuit au dialogue et rend inévitablement le discours moins audible. A nous de trouver le juste milieu pour condamner fermement tout acte raciste, intentionnel ou non, sans tomber dans l’excès, qui risque de desservir la cause.