Kilwa Kisiwani, aux prémices de la mondialisation

Vestiges de la Grande Mosquée de Kilwa, Tanzanie

Nous vous parlons aujourd’hui de Kilwa Kisiwani, cette île située près des côtes tanzaniennes et qui fût, dès le IXe siècle, un lieu d’échanges commerciaux et culturels exceptionnel en Afrique de l’Est, et l’un des fleurons de la culture swahilie.

Une région florissante

La côte est-africaine, de par sa localisation, à été très vite une région très dynamique. Les fouilles archéologiques ont permis de découvrir des traces d’installations humaines datant de près de 2000 ans. Bordée par l’océan indien, elle est une ouverture sur le Moyen-Orient et l’Asie. La zone, facile d’accès grâce notamment à l’orientation des vents, disposait de tous les atouts pour devenir une plateforme commerciale. C’est pourquoi, tout au long de l’actuel Tanzanie et jusqu’à ce qui est aujourd’hui la Somalie, se trouvaient des ports majeurs qui ont joué un rôle essentiel dans le développement économique de la région.
Un des ports très tôt mentionné dans les écrits est le port Rhapta, dont la localisation exacte n’est pas connue, mais qui était vraisemblablement situé dans la Tanzanie actuelle, et qui fut une plateforme majeure du commerce international de l’époque. Mais une autre ville, Kilwa Kisiwani, a impressionné de nombreux explorateurs. L’explorateur Ibn Battûta, qui y séjourna en 1331, la décrit comme l’une des villes les plus belles et les mieux construites au monde. Les vestiges de la cité sont encore visibles aujourd’hui et ont été inscrits depuis 1981 au patrimoine de l’UNESCO.

Kilwa Kisiwani, centre commercial et culturel exceptionnel

Située sur la côte est de la Tanzanie, Kilwa a connu son apogée aux XIIIe et XIVe siècles.
Sa richesse provient du commerce de l’or, de l’ivoire, et autres matériaux précieux en provenance de l’intérieur des terres. La région du Grand Zimbabwé en fournit une grande partie. Le métal extrait rejoint la côte via l’actuel Mozambique, puis est transporté vers les villes portuaires situées plus au nord, dont Kilwa fait partie. Dès le XIVe siècle, le sultan de Kilwa impose une taxe sur l’or qui transite par son territoire, ce qui va considérablement enrichir la cité.
Kilwa est une des grandes cites swahilies de l’époque. Les vestiges de la cité sont autant de symboles de cette culture. Le Grand Palais, la Grande mosquée, faits à partir de calcaire corallien, sont caractéristiques de la région. On trouve également dans ces bâtiments, des pièces venues d’autres régions du monde, comme des porcelaines de Chine, preuve de l’intensité des échanges de l’époque.

Déclin

Le fort Gereza érigé par les Portugais (Auteur : David Stanley)

En 1498, les Portugais atteignent la région et font la description d’une cité riche située sur la côte. Dès le début du XVIe siècle, ils vont successivement attaquer plusieurs royaumes de la côte est-africaine (Mombasa, Zanzibar, Kilwa…) afin d’avoir la main mise sur le commerce de la région. Ils établissent un fort à Kilwa, encore visible aujourd’hui.
En 1512, l’île passe sous le contrôle des Omanais. Si elle retrouve une relative prospérité, celle-ci n’atteindra pas le niveau connu avant l’arrivée des Portugais. L’influence et les activités de l’île vont progressivement décliner au cours des siècles suivants. Aujourd’hui l’ancienne cité regroupe plusieurs villages qui vivent pour la plupart de la pêche ; les activités commerçantes n’occupent plus la place qu’elles occupaient par le passé. Les vestiges, chargés d’histoire, portent la marque des influences successives qu’a connue Kilwa : swahilie principalement, mais aussi portugaise et omanaise.