NOIRES ÉBÈNES, ET ALORS?

Ce teint ébène n’est-il pas magnifique?

Il y a quelques semaines, Fenty Beauty, la marque de cosmétiques lancée par Rihanna en 2017, dévoilait le visage de sa nouvelle égérie : Khoudia Diop. Sa particularité : une peau très noire. Sur Instagram, le jeune mannequin se surnomme elle-même « Mélanine Goddess » ou « Déesse de la mélanine » en raison de son teint foncé. Il est rare que ce type de beauté soit mis en avant, et ce choix devrait faire du bien aux femmes qui lui ressemblent, et qui se sentent peu représentées dans le monde de la beauté. Même si Khoudia Diop n’est pas la première beauté noire mondialement connue (Alek Wek dans les années 1990 ou Lupita Nyong’o plus récemment), on espère que ce choix contribuera à mettre fin aux complexes des femmes au teint foncé, qui existent quasiment dans toutes les communautés noires. Malheureusement, il semble que la route soit encore longue !

 

Un colorisme bien ancré

Qui nous a donc mis en tête, nous les femmes noires, que plus nous sommes claires de peau, plus nous sommes jolies ? Et qu’au contraire plus nous sommes noires, plus nous sommes laides ? Cette idée est solidement ancrée dans tous les groupes ethniques, et on a toutes les  peines du monde à lui régler son compte une bonne fois pour toutes : les femmes claires restent les plus valorisées. Il n’y a qu’à regarder les clips musicaux : le chanteur aura beau être foncé au possible, les femmes mises en scène dans ses vidéos seront toujours presque blanches. Si l’on interroge les hommes noirs, une majorité avoueront que leur préférence se porte sur les femmes claires. D’ailleurs, chez les vedettes, peu s’affichent avec une femme au teint foncé. Il semble même que dans certaines sociétés, avoir une femme claire soit un signe extérieur de réussite sociale ! Le mal est donc profond. Pour les femmes au teint foncé, c’est naturellement source de mal-être et de complexes. Alors comment expliquer ce phénomène, aussi connu sous le nom de colorisme ?

Des sources diverses

L’histoire peut apporter des éléments de réponse, notamment pour ce qui concerne les Antilles et aux Etats-Unis : à l’époque de l’esclavage, les personnes les plus noires étaient affectées aux travaux les plus ardus, les travaux d’extérieur comme ceux des champs ; tandis que les personnes plus claires, plus tolérables au regard semble-t-il, faisaient étaient dédiées aux tâches de la maison. On comprend qu’un tel traitement ait laissé des traces dans les sociétés. En Afrique, c’est plutôt le colonialisme, et la soi-disant supériorité de l’homme blanc sur l’homme noir qui a mené à une plus grande valorisation des personnes claires.

 

Peut-être aussi que les raisons sont plus légères, et qu’il s’agit simplement d’une volonté de ressembler au groupe dominant, celui qui est le plus représenté dans les médias de masse. Après tout, il n’y a pas que les noirs qui sont touchés : en Inde, dans les films bollywoodiens, il n’y a souvent que des acteurs clairs, et plus généralement, dans ces sociétés, les personnes plus foncées sont victimes de discrimination. En outre, des sociétés asiatiques connaissent des phénomènes qui montrent une volonté de se rapprocher du physique occidental, comme le débridage des yeux.

 

Quoiqu’il en soit la course à la clarté mène à des phénomènes alarmants, comme la dépigmentation. Restez connectées, on revient sur ce sujet piquant très bientôt !